La politique du lien, les nouvelles dynamiques territoriales de l’économie sociale et solidaire

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Xabier Itçaina (dir.), Presses universitaires de Rennes, coll. espaces et territoires, 2010, 383p.

Aboutissement de programmes de recherche et d’un colloque soutenus par la Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale (DIIESES), cet ouvrage collectif présente 18 contributions traitant des dynamiques territoriales de l’économie sociale et solidaire (ESS) au plan local (« méso-économie territoriale ») à partir de quatre entrées complémentaires que constituent la transformation des matrices territoriales, l’impact des actions publiques, la question des finances solidaires et la place de pratiques militantes des acteurs dans le développement territorial. Si l’approche pluridisciplinaire revendiquée et la comparaison régionale ou transnationale apportent un éclairage utile à la compréhension des enjeux territoriaux, la lecture de l’ouvrage donne au lecteur le sentiment d’une juxtaposition de positions différenciées nourries par des légitimités disciplinaires et la diversité des terrains retenus.

La recherche d’un axe de cohérence autour de la notion prometteuse de la politique du lien contenue dans le titre n’est pas véritablement traitée dans l’ensemble de l’ouvrage. En revanche, ce recueil destiné à un public de spécialistes offre une grande richesse d’informations et d’analyses par sa capacité à mettre en lumière les dynamiques territoriales de l’ESS et leurs transformations contemporaines.

La transformation des matrices territoriales

Ce chapitre interroge les relations entre les entreprises et mouvements de l’ESS et leur territoire d’implantation. Si l’ESS, dans ses développements spécifiques peut être considérée comme le produit d’un territoire particulier, elle devient par sa structuration et sa consolidation un acteur de la construction de nouvelles territorialités. Les recompositions de secteurs concurrentiels comme la mutualité ou la « banquassurance » laissent apparaître des processus complexes de concentration, déterritorialisation et de reterritorialisation de certaines fonctions de proximité. Dans les domaines d’activités dépendant des politiques sociales, de l’emploi et de l’insertion la régulation administrative constitue une force de structuration territoriale des associations notamment. De plus, la mise en œuvre de politiques publiques de soutien à l’ESS se traduit par une incitation à la transversalité territoriale afin de corriger les logiques verticales et sectorielles. L’ESS devient ainsi pour les pouvoirs publics un acteur partenaire du développement économique et social local. Si un renouveau du mouvement coopératif est observé dans les domaines des services, du conseil et de l’ingénierie, il reste encore à apprécier au plan macro-économique l’impact de ces entreprises sur les territoires. Une autre approche centrée sur les pratiques et les représentations des acteurs montre une grande diversité des rapports au territoire invalidant ainsi l’image d’une ESS unifiée dans son rapport au territoire. L’analyse comparative, sectorielle et territoriale de la place des coopératives de pêche dans les systèmes productifs locaux montre la construction sociale de proximités professionnelles et institutionnelles, formes de résistance pour des économies en crise. L’exemple des coopératives sociales italiennes illustre l’importance des constructions sociales et politiques locales. Ces organisations fortement inspirées par des références politiques sont aujourd’hui confrontées à la concurrence du marché des services et cherchent à consolider leur position par la création de réseaux et de consortiums coopératifs.

Actions publique territoriale comparée

Les politiques publiques de structuration de l’ESS à différentes échelles territoriales conduisent à une reconnaissance institutionnelle qui se renforce dans le cadre de dispositifs de concertation et de soutien générant ainsi des formes renouvelées d’influences et de dépendances réciproques. Les dispositifs d’appui à la création d’activité et d’emploi, la construction d’une gouvernance territoriale de l’ESS, les enjeux de formation et de professionnalisation des acteurs associatifs, l’action publique délégué aux associations d’action sociale, le capital social généré par la création d’événements culturels sont autant d’exemples singuliers qui permettent de nommer la construction de formes d’alliances permettant la transition de politiques publiques en actions publiques concertées au service du développement des territoires.

Finances solidaires

Ce chapitre cherche à mettre en lumière les enjeux de la microfinance qui instaure au plan local un lien de solidarité médiatisé par la technique bancaire entre des populations qui ont des capacités de financement et celles qui sont exclues de l’accès au crédit par les banques commerciales ou coopératives. L’analyse spatiale est mobilisée pour apprécier et analyser la distribution territoriale de la microfinance et offrir quelques pistes de réflexion sur la progression de son implantation. Dans un autre registre l’analyse des logiques de justifications montre que les acteurs de la microfinance mobilisent différentes formes d’argumentation pour développer leurs actions (créativité, convivialité, solidarité, engagement).

Usages militants

Commerce équitable, systèmes d’échanges locaux, responsabilité sociale de l’entreprise, trois approches sectorielles des pratiques militantes étudiées autour du paradoxe de « l’entre soi pour les autres ». L’étude du positionnement militant de ces organisations montre une forme d’usage politique qui permet la traduction de valeurs universelles dans un projet économique et social pragmatique. Cependant, l’observation de pratiques autocentrées portées par des communautés exclusives montre une contradiction entre l’appartenance à un mode d’action et son impact plus global sur les territoires.

La conclusion de l’ouvrage souligne le lien historique entre l’invention de nouvelles formes de solidarités économiques et sociales et les crises qui affectent le modèle macroéconomique dominant. L’ESS apparaît ainsi à l’échelle des territoires comme une alternative crédible ce qui justifie la mobilisation d’acteurs publics et privés engagés dans la mise en oeuvre territoriale de nouvelles dynamiques produisant de nouveaux liens entre action publique et initiatives de la société civile.

Alain Penven, Collège Coopératif-Cercoop-Rennes2


Note parue dans le numéro 319 (janvier 2011) de la Recma